"Je sais qui je suis"

 

 

La date semble gravée dans sa tête : « en février 2006 je suis arrivée à Auxerre ».  Sanaa, 20 ans aujourd'hui, fille d'un agriculteur de Nador, petit village dans les montagnes au nord du Maroc arrive en France à 12 ans accompagnée de ses parents et de sa sœur. Ce sont ses professeurs qui ont conseillé le départ à ses parents : « Sanaa a des capacités en français. Il ne faut pas la lâcher. Il faut l'emmener en Europe. Elle n'a pas d'avenir ici ». La jeune fille a conscience du sacrifice fait par ses parents et surtout par sa mère qui a laissé toute sa famille : «  ma mère me dit « j'ai quitté toute ma famille mais je sais qui je suis » (écoute).   Et quand elle dit ça, elle parle de nous, ses filles ». Mais ce sacrifice, elle ne le ressent pas comme une pression : « bien sur, mes parents attendent beaucoup de moi mais moi-même j'ai beaucoup d'ambition. Je sais que les études sont le premier chemin vers la réussite et je ne veux pas rater ce démarrage dans la vie ».

 

Ce qu'elle retient de son arrivée en France c'est d'abord la taille des supermarchés : « ça changeait des petites épiceries du village où on allait rêver de la France en achetant une glace... ». Mais, tout en vivant dans un pays occidental et en s'y adaptant, Sanaa reste profondément marquée par sa culture marocaine, elle garde sa religion et continue de vivre de la tradition. Au quotidien, la cuisine lui rappelle son pays d'origine, pas une semaine sans un couscous et un tajine, sans parler des pâtisseries... « Dans les mariages aussi je me sens moi-même. Dans ces moments-là tout me ramène à mes racines : les couleurs, le bruit, les musiques, les lumières partout, la danse partout... ».

Ce qui lui manque du Maroc ? « Le soleil, la famille, mon cheval, et mon fiancé bien sur ! ». Timidement elle nous parle alors de ce garçon resté au Maroc, son fiancé depuis qu'elle est au collège et qu'elle ne voit qu'une fois par an : « ça fait cinq ans et demi que nous sommes ensemble. Il faut se faire confiance. La confiance c'est la base de tout. Je sais qu'on s'entend et que, dés la fin de nos études nous nous marierons et nous vivrons, ici, en France. Lui aurait préféré aller en Allemagne mais il n'a pas le choix, je lui ai dit en rigolant, je serai plus gradée que toi, je déciderai !».

Bientôt Sanaa sera ingénieure agronome, en fidélité à son père et à son enfance, elle sera mariée et elle espère qu'elle pourra vivre en étant fière de sa double-culture, obtenir la naturalisation qui lui a injustement été refusée et sans être sans cesse regardée de travers et assimilée à une terroriste comme cela lui est déjà arrivé. Elle nous laisse d'ailleurs avec un message de paix : « entraidez-vous pour faire le bien, pas pour faire le mal ».