« Les européens ont la montre, nous on a le temps »

 

Elle porte l’amour dans son nom et pendant toute notre rencontre, elle en a témoigné. Armande Love Malépa est arrivée de Centrafrique en 2003 pour étudier la géographie. Elle est ensuite devenue « ingénieur en projet de coopération » pour aider son pays d’origine. C’est ainsi qu’elle a créé l’association « Passe moi le relais France » active à Tourcoing.

Quand nous la rencontrons, Armande vient de rentrer de Centrafrique où elle est allée effectuer une mission d’éducation à la Paix. C’est un projet essentiel dans ce pays en guerre civile depuis 2013. Armande témoigne d’une violence devenue ordinaire dans son pays : « quand il y a un coup de feu près de chez nous, on plonge face contre terre et puis on se relève et on en rigole ». L’angoisse, elle la ressent beaucoup plus quand elle est en France à cause de la distance et « à cause des médias qui manipulent l’information pour faire peur ».

Armande n’a pas eu de grosses difficultés à s’intégrer en France car elle avait fait des recherches et s'était beaucoup informée à travers des émissions et des documentaires. De plus, elle avait des amis centrafricains en France qui l’ont aidée. Cela n’empêche que quand elle a vu pour la première fois deux femmes s’embrasser, elle a été choquée. Ce n’est pas la seule chose qui la surprend dans le mode de vie français qu’elle trouve très individualiste. « En Centrafrique, je sais que je peux frapper à la porte d’un voisin pour avoir de l’aide ou partager un repas. Je faisais mes courses au jour le jour. Ici j’ai appris à faire des réserves, pour ne compter que sur moi-même ! ». Le rapport au temps aussi est différent. Elle se met à rire : « les européens ont la montre, nous on a le temps ».

Elle nous explique qu'en Centrafrique, les gens ne sont jamais à l'heure. Par exemple, Armande raconte que le bus ne part que quand il est plein sans tenir compte des horaires. Elle est aussi surprise par les jeunes de son quartier qui passent beaucoup de temps à se plaindre. « En Centrafrique, dans les grandes avenues des villes, on peut voir des groupes de jeunes autour des lampadaires.Ils profitent de la lumière pour étudier », nous confie-t-elle. En France, on a toutes les possibilités pour étudier mais on ne le fait pas. Elle explique que dans son pays, les jeunes ne dépensent pas leur argent pour les cigarettes et l'alcool mais font ce qu'ils peuvent pour pouvoir trouver à manger.

En Centrafrique, on porte des robes traditionnelles comme un « Kaba » : qui est faite à partir d'un tissu en coton.On la porte souvent avec un foulard sur la tête.

Armande nous parle ensuite de l'art culinaire et nous cite entre autres quelques plats et en particulier le « Ngoundja Nag Gnama ». Ce plat est fait à base de feuilles de manioc, de beurre de cacahuète et de bœuf.

 

Avant de nous quitter, elle nous dit : « On ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve ». Armande veut expliquer que chaque expérience est unique et qu'il faut profiter pleinement du moment que l'on vit. C'est ce qu'Armande s'efforce de vivre au quotidien, en France pour l'instant mais demain, sûrement, en Centrafrique...